Christine, Animatrice des Babadines

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Christine

" Restaurer le lien social. Réveiller et stimuler des talents endormis "

Être animatrice aux Babadines va bien au-delà de la simple proposition d'une animation, d'une activité pour occuper les personnes.
Nous sommes avant tout dans la création, la restauration du lien social.
Il s'agit tout d'abord de créer un lien entre la personne et moi, lien fait d'intérêt sincère et authentique. Puis amener les personnes à se rencontrer autour d'une table pour un moment convivial fait d'échanges, de jeu, de rires, un moment de bonne humeur. Nous créons ensemble ce moment.

Nous sommes face à des personnes du grand âge. Ces personnes qui ont perdu leurs habilités (physiques, créatrices) vivent le vieillissement, la perte d'autonomie comme une " déchéance " et se sont isolées. Elles ont aussi perdu la capacité de décider pour elles-mêmes comme quitter leur domicile pour vivre dans une institution, perdu le droit de gérer leurs affaires avec parfois des mises sous tutelle. Reprendre contact avec la société, même un microcosme, est difficile et leur parait impossible. Il faut du temps, de la patience et beaucoup d'amour pour que la personne accepte de s'ouvrir et de se confronter aux regards des autres qu'elle appréhende, qu'elle se crée de nouveaux repères dans un lieu de vie qu'elle n'a pas forcément choisi. Nous avons une dame de 96 ans, madame V., qui, quand elle est arrivée, disait " ne plus avoir le goût des choses ", " qu'elle n'avait pas choisi d'être là " et, au bout de trois semaines, cette dame nous disait " Je découvre des pans de ma personnalité que je ne soupçonnais pas ! ". Elle s'est fait une amie, elle prend maintenant l'initiative de sortir de son appartement pour nous rejoindre au salon en début d'après-midi ou pour aller discuter chez sa voisine et amie.

Alors quel est mon rôle dans tout ça ?

Je ne fais pas une animation pour faire une animation, terme qui me paraît restrictif.

Comme je connais bien chaque personne, je vais les amener, l'air de rien, vers une activité qu'en fin de compte nous décidons ensemble. Par exemple, ces personnes sont des personnes cultivées, aimant la lecture, les beaux textes : alors comme entre amis, nous allons discuter autour de ces textes, de pensées, de citations, d'auteur et puis, les amener, tout en douceur, à écrire un texte ensemble sur un thème que je suggère.

Le rôle d'animatrice aux Babadines demande beaucoup d'énergie, il faut stimuler sans cesse les personnes, être présent. Le temps pendant lequel je suis avec elles, je le suis à 100%, rien d'autre n'existe que le moment que nous sommes en train de vivre.

Il m'est arrivé de faire une proposition autour de la terre et du modelage. C'est un prétexte pour s'amuser et partager une bonne partie de rires.

Je m'adapte à chaque personne, je suis présente pour chacune d'elles et quand nous sommes réunis autour d'une table, je veille à faire participer tout le monde, à stimuler chaque personne afin qu'aucune ne reste en retrait.

Les relations que nous avons avec les familles sont très importantes. Elles participent à renforcer le caractère convivial, chaleureux et familial que nous avons développé aux Babadines.

Il y a une relation de confiance et d'amitié tout en restant dans ce que j'appelle " la bonne distance ".

Les familles, souvent les enfants (qui sont des adultes souvent à la retraite) participent de bon cœur aux rencontres soit lors d'un goûter où elles-mêmes apportent le gâteau, les boissons soit aux activités (jeu, modelage, écriture, conte). Tout le monde s'intéresse à ses voisins, voisines.

Les propositions que je peux faire vont d'une activité créatrice à travers les arts plastiques, l'écriture, les contes, la cuisine, les jeux de société, les rencontres autour d'une discussion.

Madame P. est une experte du scrabble et veut se confronter à des personnes de son niveau. Alors je vais m'arranger, en début ou fin d'après-midi, pour faire une partie avec elle (de façon à ne négliger personne).

Nous sommes dans une petite structure, 20 personnes maximum. Ainsi je peux personnaliser mes propositions. Je ne décide pas que lundi après-midi, c'est peinture alors que personne n'a fait de peinture dans sa vie et ne s'y intéresse. Comme je l'ai dit précédemment, nous sommes face à des personnes du grand âge, et il s'agit plutôt de réveiller et stimuler des talents endormis plutôt que d'aller vers quelque chose de complètement nouveau, qui n'intéresse pas la personne. Ça dépend vraiment des personnes. Peut-être un jour il y aura un monsieur ou une dame de 90 ans qui n'aura jamais fait de peinture et qui voudra essayer… tout est possible ! C'est vraiment connaître la personne au plus profond d'elle-même et peut-être pas seulement réveiller des talents mais des rêves enfouis, tout est possible, il ne faut rien brusquer et donner du temps au temps.

Certaines personnes peuvent être atteintes de maladies neuro-dégénératives, il faut respecter leur rythme, leurs souhaits, le monde dans lequel elles vivent. Ne rien brusquer. Donc certaines personnes ne souhaitent pas venir de façon régulière aux rencontres de l'après-midi. Juste être là, à l'écoute, bienveillante et attentionnée et permettre que les rencontres et échanges se fassent, soit dans un premier temps entre la personne et moi et, petit à petit, l'air de rien, l'amener à rencontrer le groupe.

Depuis juillet 2017, je constate que les personnes se sentent chez elles aux Babadines. Il y a un véritable esprit de famille, beaucoup de respect et de tendresse nous réunit.

Deux mots : Bonne humeur et chaleur humaine.