L’Homme prothétique.

L’Homme prothétique, c’est celui qui bénéficie de prothèses, qui a recours aux prothèses, l’Homme qui est fait de prothèses. Les prothèses sont des dispositifs visant à remplacer une partie du corps et surtout à pallier la fonction qu’elle assurait.

Des substituts existaient

Depuis notre enfance, nous connaissons tous le pirate des Caraïbes avec son inévitable jambe de bois (un pilon) ou son crochet en guise de main comme celui de l’ennemi de Peter Pan.

Depuis l’antiquité, ces substituts existent, surtout pour les amputés ; les campagnes napoléoniennes puis la Grande Guerre avec les « Gueules cassées » leur a donné une grande actualité, surtout au début du XXe siècle.

Récemment, l’évolution technique et l’introduction des matières plastiques ont permis de faire des progrès considérables dans ce domaine et la liste des pièces de rechange à notre disposition ne cesse de s’allonger.

Mais quel progrès technique !

Grâce aux imprimantes en 3D, les mains, les pieds, voire les membres entiers sont remplacés par des contrefaçons de plus en plus sophistiquées, faites sur mesure et bourrées d’électronique.


Bien sûr, nous connaissons tous les fausses dents, lorsqu’il ne s’agit pas du râtelier complet.


Et que dire des cristallins artificiels que l’on implante lorsque la paire naturelle que nous avons reçue à la naissance est devenue vitreuse, dépolie, refusant de laisser passer la lumière (la cataracte).


Les aides auditives se sont miniaturisées à degré tel qu’elles logent, en toute discrétion, quasi invisibles, dans le conduit auditif externe : on peut régler à distance avec un simple smartphone (plus besoins de les enlever) non seulement le volume du son, mais les adapter selon les situations en supprimant par exemple les bruits parasites de l’environnement sonore (le fameux « cocktail syndrome » ), en choisissant une audition adaptée à un concert de musique de chambre ou encore en sélectionnant un mode de fonctionnement relatif à une conférence si ce n’est à un entretien singulier. On est loin du fameux cornet acoustique du professeur Tournesol, l’ami de Tintin !

Et ce n’est pas tout !

Dans le grand catalogue, on vous propose maintenant des genoux en titane ou des hanches en carbone avec une intervention réalisée par un robot (sous la supervision d’un chirurgien, lequel sait fort bien que la machine sera plus précise et plus rapide que lui). Deux heures d’interventions, le lendemain, on est assis au fauteuil et on commence à marcher le troisième jour.

On a même des athlètes handicapés qui, avec des jambes artificielles, courent plus vite ou sautent plus loin que leurs collègues et rivaux avec leurs membres naturels, ce qui n’est pas sans poser des problèmes d’équité sportive !

Sans parler de la pompe à insuline pour les diabétiques qui est un véritable pancréas externe, collée à la peau, elle aussi réglable par smartphone avec une puce dans le bras qui mesure en permanence votre taux de glucose dans le sang pour adapter la quantité d’insuline que vous devrez recevoir. Avant, c’était 3 ou 4 glycémies capillaires par jour (la piqûre au bout d’un doigt, dans la pulpe pour faire la mesure) qui précédaient l’injection manuelle sous-cutanée d’une dose à calculer, à ajuster, à préparer et à réaliser.

Ne parlons pas du cœur artificiel, pas plus gros que le cœur naturel, implanté dans le thorax.

Certes, le rein artificiel est encore une énorme machine externe, grosse comme un frigo, auquel les malades insuffisants rénaux doivent avoir recours deux à trois fois par semaine.

Il y a même du « recyclage »

Et puis il y a aussi les pièces de recyclage, de seconde « main », tout ce que l’on peut récupérer sur nos contemporains décédés et qui peut encore servir, les greffes : la cornée, les reins, le cœur, les poumons, une main, un massif facial entier, etc.

Depuis que l’on maîtrise les mécanismes de rejet (grâce à une meilleure compréhension des processus et à des médicaments), la liste est immense. Fera-t-on un jour une greffe de cerveau, Docteur Frankenstein ? Car c’est l’organe qui sera le plus difficile à remplacer par une prothèse même si Garri Kasparov a été battu en 1997 aux échecs par l’ordinateur Deeper Blue d’IBM et que l’on parle maintenant beaucoup d’I.A. (Intelligence Artificielle).

Bienvenue, Robocop ! Déjà aujourd’hui, il est rare d’atteindre la huitième décennie en ayant gardé toutes ses pièces d’origine. Tout cela existe donc déjà ; ce n’est pas de la science-fiction, mais qu’y a-t-il dans les cartons de nos ingénieurs ? Que nous réserve demain ?

Ces inventions compensent les déficits et les handicaps souvent liés à l’âge, aux maladies dégénératives ; elles nous libèrent, libèrent surtout les vieux, les rendent plus jeunes, moins dépendants. Qui dit mieux ?

Docteur Michel Allard

Docteur Michel Allard est médecin retraité et chercheur indépendant.

Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la longévité.

Vous pouvez les commander à votre libraire habituel et les retrouver sur leslibraires.fr

Allard, M. (2019) Le bonheur n’a pas d’âge. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M. et Robine, J.-M. (2000). Les centenaires français, étude de la Fondation IPSEN 1990-2000. Paris, France : Serdi, coll. « Année gérontologique ».

Allard, M. et Thibert A. (1998). Longévité mode d’emploi. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M. (1995). Poèmes sur le temps qui passe, anthologie de la poésie française. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M., Lèbre, V; et Robine, J.-M. (1994). Les 120 de Jeanne Calment, doyenne de l’humanité. Paris, France : Le Cherche Midi, coll. « Documents ».

Allard, M. (1991). À la recherche du secret des centenaires. Paris, France : Le Cherche Midi.

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