Rajouter des années à la vie ou de la vie aux années ?

Si possible, les deux, mon capitaine !

Les classifications communes

Mort ou vivant ? Il n’y a pas photo et c’est le critère le plus robuste de toutes les études en biologie.

Mais d’autres questions que se posent les scientifiques pour établir des typologies et classer des populations reposent sur des indicateurs beaucoup plus discutables et litigieux, surtout s’ils sont subjectifs ; comme heureux/pas heureux, en forme/pas en forme, yeux clairs/yeux foncés, etc.

Et encore, ce sont là des critères binaires, fort simples (+ ou -, oui ou non) ; il ne s’agit pas de « 50 nuances de gris » !

Les valeurs extrêmes sont en général faciles à classer, mais entre les deux, les séparations ne sont pas commodes à définir, car elles ne sont pas clairement marquées.

Aussi sommes-nous certains de la croissance considérable de la durée moyenne de la vie humaine depuis plusieurs décennies.

De grandes questions 

Mais ce bonus temps, ces années qu’on a rajoutées, sont-elles de bonnes années, insérées au milieu de la vie, au milieu de notre trajectoire, quand nous sommes (encore) en forme, vaillants ?

Ou bien sont-elles des années de misère, rajoutées en bout de parcours, en fin de circuit, quand tout commence à partir à vau-l’eau ?

Si c’est le cas, est-ce que cela en vaut la peine, est-ce que la vie (la fin de vie) vaut la peine d’être vécue ?

Et ne vaut-il pas mieux s’arrêter tout de suite et ne pas jouer les prolongations puis les tirs au but dans un état décrépi et décati ?

C’est une grande question, un choix de vie pour chacun, mais aussi un choix de société en termes de santé publique : si les progrès de la durée de vie moyenne ont pour résultat d’accroître le nombre d’assistés, d’impotents, d’improductifs, ne va-t-on pas alourdir considérablement le poids économique pour la société ?

C’est pour cela que l’on essaye d’y voir clair et face à l’augmentation de l’espérance de vie (tout court.) de savoir si on rajoute du bon ou du mauvais.

Quelle est la qualité de ces années de vie supplémentaires ? D’autant que si la vieillesse ou le vieillissement sont perçus un naufrage, tout le monde va craindre de vieillir et refusera cette opportunité.

Et de bonnes nouvelles

Depuis 1980, un des experts en la matière, Jean-Marie Robine de l’INSERM de Montpellier, a mis en place des indicateurs et fait chaque année des calculs pour évaluer l’Espérance de Vie Sans Incapacité (EVSI) et savoir ce qu’il en est…  Alors, quels sont les résultats ?

En fait, dans ces années gagnées, il y a des deux : du bon et du mauvais mais on a obtenu plus d’années en bonne santé, disons sans invalidité, que de mauvaises années.

Certes, les années de vie gagnées aux âges avancés s’accompagnent de problèmes fonctionnels courants, mais peu d’incapacités sévères ou alors la médecine apporte des solutions aux déficits (comme, par exemple, les appareils auditifs, les prothèses de hanche ou de genou qui sont de plus en plus performants – jadis, la seule solution était la surdité obligatoire dans le premier cas et le recours à la canne pour le second.) et auxquelles un nombre croissant de personnes âgées a accès. 

On dit qu’il existe en fait une « compression de la morbidité » : sur l’ensemble de toutes les années d’une vie humaine, le pourcentage des années de galère diminue.

Non seulement les maladies sont moins fréquentes qu’avant chez les personnes très âgées mais on constate qu’elles apparaissent beaucoup plus tard au fur et à mesure que l’espérance de vie augmente. Mais il faut garder en mémoire qu’il existe de grandes différences selon le sexe, les catégories socioprofessionnelles et les possibilités d’accès à des structures de santé adaptées.

En bref, nous sommes de plus en plus nombreux à vieillir, à vieillir mieux, à vieillir plus lentement.

Docteur Michel Allard.

Docteur Michel Allard est médecin retraité et chercheur indépendant.

Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la longévité.

Vous pouvez les commander à votre libraire habituel et les retrouver sur leslibraires.fr

Allard, M. (2019) Le bonheur n’a pas d’âge. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M. et Robine, J.-M. (2000). Les centenaires français, étude de la Fondation IPSEN 1990-2000. Paris, France : Serdi, coll. « Année gérontologique ».

Allard, M. et Thibert A. (1998). Longévité mode d’emploi. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M. (1995). Poèmes sur le temps qui passe, anthologie de la poésie française. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M., Lèbre, V; et Robine, J.-M. (1994). Les 120 de Jeanne Calment, doyenne de l’humanité. Paris, France : Le Cherche Midi, coll. « Documents ».

Allard, M. (1991). À la recherche du secret des centenaires. Paris, France : Le Cherche Midi.

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