Résistance et/ou résilience ?

Résistance

Les deux termes font tous les deux partie initialement du langage de la physique, de la physique des matériaux. Nous connaissions le terme de résistance depuis fort longtemps : c’est le fait pour une matière, de pouvoir résister à une poussée, à une pression, à un coup. Une plaque d’acier est très résistante aux chocs, aux balles, etc. Elle fera rempart et la première de ses faiblesses sera de se déformer ; souvent l’énergie mécanique du choc sera transformée en énergie thermique. Il en va de même pour un sac de sable comme le sac de frappe d’un boxeur. Il va encaisser. Par extrapolation, on parle aussi de résistance pour un objet, un bâtiment, une armée ou surtout, une personne, tant physiquement que psychologiquement. Une personne résistante, endurante, est celle qui encaissera les agressions, agressions corporelles comme les maladies, les déficits ou agressions psychiques comme les coups du destin, les malheurs de la vie, les pertes, les deuils, etc. Les unes allant toujours de pair avec les autres.

Résilience

Le terme de résilience est d’emploi beaucoup plus récent.  Son étymologie latine vient du verbe resilire qui veut dire rebondir. On parle ainsi de la capacité d’un matériau à encaisser un choc ou une pression,  à se déformer, à absorber l’énergie puis à la libérer plus tard lors de la levée de cette force et à retourner à son état d’équilibre. Le modèle est le ressort qui va se raccourcir sous la pression, mais lorsque cette pression s’arrêtera, non seulement il va revenir à sa dimension d’origine mais auparavant  il restituera cette énergie en devenant plus grand, plus long qu’à la position initiale de repos. En biologie, on pourrait dire par exemple qu’un enfant après une infection virale ou bactérienne a appris à lutter contre celle-ci et a fabriqué des anticorps, alors que l’enfant qu’on a protégé de tout contact avec une possible agression du monde extérieur (ce qu’on appelle l’hygiénisme) sera bien plus faible lorsqu’à l’adolescence par exemple, il  rencontrera un microbe inconnu de lui. Il en va de même en psychologie.

La résilience en psychologie

Le terme a été introduit en France par le Docteur Boris Cyrulnik, dans les années 90, à partir du monde anglo-saxon : il parla d’ « Un merveilleux malheur », sorte d’oxymore. Ce neuropsychiatre a connu pareille expérience à l’âge de 7 ans lors des rafles de Juifs en France, c’est sans doute ce qui l’a construit pour le reste de sa vie. On n’est jamais « foutu », quel que soit le type de blessure et la gravité de celle-ci, même si elle survient durant l’enfance.  Un accident, une agression peut vous rendre plus fort, plus costaud, plus solide qu’avant, plus solide que si vous ne l’aviez pas expérimenté… À condition que cet accident ne vous anéantisse pas bien sûr. On ne peut s’empêcher de penser à la célèbre phrase de F. Nietzche : « Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort ».

Hélas, tout le monde n’est pas toujours résilient et la même personne peut réagir très différemment face à deux agressions différentes ou lors de deux moments de son existence. Certes, depuis son introduction dans la presse, le terme de résilience a été dévoyé de son sens premier. Dommage. Quant à la résistance, le meilleur mécanisme de défense est l’humour. Il faut revoir le film « La vie est belle » de Roberto Benigni.

Docteur Michel Allard

Docteur Michel Allard est médecin retraité et chercheur indépendant.

Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la longévité.

Vous pouvez les commander à votre libraire habituel et les retrouver sur leslibraires.fr

Allard, M. (2019) Le bonheur n’a pas d’âge. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M. et Robine, J.-M. (2000). Les centenaires français, étude de la Fondation IPSEN 1990-2000. Paris, France : Serdi, coll. « Année gérontologique ».

Allard, M. et Thibert A. (1998). Longévité mode d’emploi. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M. (1995). Poèmes sur le temps qui passe, anthologie de la poésie française. Paris, France : Le Cherche Midi.

Allard, M., Lèbre, V; et Robine, J.-M. (1994). Les 120 de Jeanne Calment, doyenne de l’humanité. Paris, France : Le Cherche Midi, coll. « Documents ».

Allard, M. (1991). À la recherche du secret des centenaires. Paris, France : Le Cherche Midi.

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